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Questions à propos du politique et de l’administratif

mercredi 19 juin 2013

Pierre P. Tremblay

De nombreuses années de recherche et d’enseignement en administration et politiques publiques me laissent toujours dans le doute quant aux réponses à apporter à un certain nombre de questions. Je n’ai toujours pas de certitude en particulier pour celles qui, aujourd’hui, me semblent les plus importantes. Elles sont le fait de ma sensibilité de politologue, qui me place au carrefour de disciplines aussi variées que sont l’économie, la sociologie, l’histoire, le management et le droit, sans oublier une part de la philosophie. Il se peut que cette position intellectuelle soit naturellement génératrice d’hésitation à opter pour une conclusion définitive à un questionnement. Il se peut aussi que la marche des sociétés et des individus qui les constituent fera des convictions d’hier les obsolescences de demain.

La première de ces questions est la suivante: la vie politique nuit-elle à la bonne administration des biens et des services publics? Le cynisme ambiant et le déficit de crédibilité du politique contemporain, de même que tous les scandales présumés ou avérés qui affectent nombre de pays, mènent à penser que les autorités élues se livrent intensément au gaspillage des fonds publics. C’est une exagération, bien sûr. Mais elle s’implante de plus en plus solidement dans les esprits. En réaction, des aspirants à des fonctions électives commencent à dire que pour la survie et la santé de la chose publique, les collectivités ont davantage besoin d’administrateurs que de politiciens. Cette nouvelle formule laisse croire que les gestionnaires, les fonctionnaires et autres employés du secteur public n’ont que pour seule préoccupation le bien du citoyen. C’est certainement une autre vision déformée de la réalité.

978-2-7605-3565-7

C’est au politique que reviennent l’organisation et le contrôle de l’administration. Or, lorsque, parmi les critères utilisés pour ce faire se retrouvent la partisannerie, le favoritisme, voire la proximité idéologique, la justesse et la pertinence des décisions prises par l’appareil administratif sont, à tout le moins, questionnables. Les débats parlementaires et les débats des conseils municipaux convient les citoyens au spectacle d’une querelle permanente où chaque formation politique tente de diaboliser ses adversaires. L’enfer, c’est les autres, comme le disait Jean-Paul Sartre. C’est à qui piégera l’autre pour lui faire perdre le plus de soutien électoral possible et le faire baisser dans les sondages. Pendant ce temps, que font concrètement les élus de la surveillance et du contrôle de l’administration? L’excuse fréquente du « Je ne savais pas » est trop simpliste et ne convainc plus. Il semble que le politique et l’administration se nuisent l’un l’autre. Cependant, on ne voit pas comment ils pourraient être séparés.

La troisième question est celle du coût de l’administration publique. Les modèles de référence que furent à différents niveaux les pays scandinaves laissent à penser qu’il existe bel et bien une limite au-delà de laquelle les objectifs de justice, d’équité, d’égalité et de fraternité sont pervertis. Pendant une bonne période de temps, la Suède consacrait presque les trois quarts de son

La deuxième question est celle de la participation de l’administration au progrès social. La finalité première ne peut être autre que le bien-être collectif. En d’autres mots, faire en sorte    que les citoyens, tant dans leur individualité que dans leur ensemble ainsi que dans leur environnement, améliorent durablement leur qualité de vie malgré les obstacles à franchir. Or, les indicateurs de progrès social, quantitatifs pour la plupart, nous renseignent peu sur le degré de satisfaction des besoins à combler. L’immixtion grandissante de l’État dans la société semble avoir créé des attentes irréalistes et fait oublier à beaucoup de personnes que le progrès social ne s’administre pas. Le progrès social est le résultat des efforts de tout un chacun à l’intérieur de balises posées et gérées par la puissance publique. En dehors de cela, le progrès social est une utopie.

La quatrième question concerne le partage de la facture de l’administration publique. Qui doit payer? La démagogie facile mène certains à scander avec force pancartes et défilés à l’appui « Faisons payer les riches ». À ce compte-là, les riches vont rapidement disparaître. Ce slogan d’un autre âge ne tient pas compte du fait que, face à l’État et à son administration, l’individu ou l’entreprise exerce diverses fonctions sociales et économiques. Il est un citoyen qui est aussi un bénéficiaire, parfois un usager et très souvent un consommateur de biens et services publics. Chacune de ces fonctions est distincte et implique un rapport différencié à l’État. Pourquoi ne pas baser les contributions au trésor public sur une telle grille?enrichissement (PIB) aux biens et services publics. Aujourd’hui, ce pays phare de la social-démocratie est revenu à un taux similaire à celui de la France et du Royaume-Uni, pour n’en citer que deux. Mon sentiment est qu’il y a, dans toute société libre, un point d’équilibre entre le patrimoine public et le patrimoine individuel. Il y a équilibre lorsque les deux patrimoines s’épaulent l’un et l’autre. Il y a déséquilibre et dysfonctionnement lorsque l’un abuse de l’autre et l’appauvrit.

Ces quatre questions vont finir par trouver des réponses qui ne seront ni définitives ni complètes. Elles vont émerger de la nécessaire confrontation des diverses philosophies politiques qui seront revenues de leurs excès et de leurs contradictions.

Pierre P. Tremblay est titulaire d’un doctorat en science politique de l’Université de Montréal. Après avoir œuvré plusieurs années au sein des administrations publiques fédérale et québécoise, il est maintenant professeur titulaire au Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal. Spécialiste des politiques de finances publiques et de la théorie de la décision, il a publié plusieurs ouvrages théoriques et empiriques portant sur les grands enjeux de l’administration du secteur public. Il a enseigné dans plusieurs universités au Québec.

Stimuler le potentiel d’apprentissage des enfants et adolescents ayant besoin de soutien

jeudi 9 mai 2013

Par Denise Normand-Guérette

Les jeunes ayant une déficience intellectuelle font face à de nombreux défis. Apprendre n’est pas chose facile pour eux et exige de nombreux efforts, car malgré les capacités dont ils disposent, ils doivent surmonter de multiples difficultés sur différents plans. De nombreuses questions se posent à ceux qui interagissent et interviennent avec eux, notamment : comment ces jeunes apprennent-ils? Quels moyens peut-on mettre en œuvre pour les aider à dépasser leurs difficultés? Quelle est l’importance de la dimension émotionnelle pour stimuler leur motivation à apprendre? Pour les soutenir dans leur apprentissage, les adultes qui les entourent ont besoin de les connaître et d’adopter à leur égard des attitudes qui favorisent une relation de confiance. Il est également essentiel d’utiliser une démarche d’enseignement-apprentissage qui prend en considération les processus cognitifs impliqués dans l’apprentissage ainsi que la dimension émotionnelle qui influence l’actualisation du potentiel des jeunes. De plus, il est important de « travailler avec le jeune », ce qui signifie qu’adulte et jeune investissent ensemble des efforts : l’adulte accompagne le jeune et cherche avec lui des moyens pour le soutenir dans son apprentissage, et le jeune fait des efforts pour surmonter les difficultés qu’il rencontre et actualiser ses capacités.

La connaissance des caractéristiques cognitives, motivationnelles et affectives des jeunes ayant une déficience intellectuelle est nécessaire pour pouvoir en tenir compte dans l’intervention. Par contre, un autre aspect est apparu fondamental : il est essentiel que, par rapport aux difficultés manifestées par les jeunes, l’adulte ait la conviction, solidement enracinée émotionnellement et rationnellement, qu’ils possèdent des capacités et un potentiel à développer. Prendre le temps de découvrir chacun dans sa réalité quotidienne et de définir des moyens efficaces pour le soutenir dans son apprentissage et dans le développement de son identité personnelle est exigeant. Si l’adulte n’est pas convaincu que le jeune peut progresser, il lui sera plus difficile de persévérer pour adapter son intervention.

Pour prendre en considération à la fois les dimensions émotionnelle et cognitive lors de l’intervention, l’adulte a besoin de développer sa capacité à ne pas envisager une seule explication pour comprendre les comportements et attitudes des jeunes. Prenons l’exemple d’un enfant qui n’ose pas verser de l’eau dans un verre. Il est important de chercher à identifier ce qui l’empêche d’agir. Le blocage est-il sur le plan cognitif, émotionnel ou moteur? L’adulte a besoin d’observer l’enfant en cherchant à vérifier différentes hypothèses :

  • Est-ce qu’il a peur de faire un dégât?
  • Est-ce que la bouteille d’eau est pesante et qu’il a de la difficulté à la lever?
  • Est-ce qu’il a peur qu’on le réprimande?
  • Est-ce qu’il a peur qu’on rie de lui s’il en renverse?
  • Est-ce qu’il ne voit pas bien le contour du verre et ne sait pas où verser?
  • Est-ce qu’il ne voit pas bien l’eau qui monte dans le verre et ne sait pas quand arrêter de verser?
  • Est-ce que la difficulté porte sur le lien de cause à effet : le jeune saisit-il le lien entre le geste de pencher la bouteille et le fait que l’eau monte dans le verre?

Afin de comprendre les raisons du comportement du jeune, on peut lui poser des questions. Si ce dernier n’est pas en mesure d’y répondre, on peut l’observer dans différents contextes pour mieux comprendre sa difficulté. Parfois, il est nécessaire de créer des situations pour vérifier certaines hypothèses. Par exemple, l’adulte peut analyser si la difficulté du jeune est de bien voir le contour du verre. Il proposera alors de verser l’eau dans différents verres : certains sont transparents et d’autres ont un contour coloré. Il observera si le contour influence la réalisation de la tâche. S’il souhaite vérifier si le jeune a de la difficulté à voir l’eau (qui est translucide) monter dans un verre, il pourra lui demander de verser un jus dont la couleur est bien contrastée (par exemple, jus de raisin, de canneberge ou d’orange) dans un verre transparent et observer si ces conditions facilitent l’exécution de la tâche.

Par ailleurs, si le problème se situe sur le plan de l’interférence émotionnelle, il faut savoir que « […] toute méthode qui ne se préoccupe pas de diminuer ce phénomène de l’interférence, même si elle mise adéquatement sur des techniques de renforcement et de stimulation au niveau perceptuel, sensitif ou moteur, n’aidera pas l’enfant à retrouver un équilibre propice à laisser libre cours à ses aptitudes, à ses capacités et à son intelligence »[1]. Il semble essentiel d’effectuer, en éducation, « des recherches plus poussées afin de trouver les manières et les méthodes les plus adéquates pour stimuler [le jeune] et lui permettre, à travers la lecture de ses émotions, d’éveiller une capacité cognitive »[2]. Ceci permettra d’intégrer les dimensions émotionnelle et cognitive dans l’intervention.

Plusieurs autres éléments peuvent être pris en considération pour accompagner les jeunes ayant une déficience intellectuelle, autant sur le plan des processus cognitifs que de la dimension émotionnelle. Ces éléments sont présentés dans un ouvrage intitulé Stimuler le potentiel d’apprentissage des enfants et adolescents ayant besoin de soutien [3]. Cet ouvrage ayant pour but d’aider les intervenants et les parents dans leur rôle d’éducateur présente la démarche d’enseignement-apprentissage que j’ai développée pour répondre aux besoins de ces jeunes[4]. À travers les différents chapitres, le lecteur acquerra une meilleure compréhension de leur façon d’apprendre et de leur vécu émotionnel et, surtout, une meilleure connaissance des moyens pour les soutenir afin qu’ils deviennent de plus en plus autonomes, fiers d’eux-mêmes et actifs dans leur milieu de vie.

Denise Normand-Guérette, Ph. D. en ­orthopédagogie, est professeure titulaire et chercheure au Département ­d’éducation et formation spécialisées de l’Université du ­Québec à Montréal. Conférencière internationale et auteure de nombreuses publications, elle œuvre depuis plus de vingt ans à la formation d’enseignants qui travaillent, en classes ordinaires ou spécialisées, auprès d’élèves en difficulté et en situation de handicap. Elle est l’auteure du livre « Stimuler le potentiel d’apprentissage des enfants et adolescents ayant besoin de soutien » publié aux Presses de l’Université du Québec.


[1]Guitouni, M. (1983) «L’interférence de l’émotionnel sur les capacités d’apprentissage», Psychologie préventive, no 4, p. 13.

[2]Guitouni, M. (1990) «Déficience intellectuelle : la justice avant l’égalité», Psychologie préventive, no 17, p. 10.

[3]http://www.puq.ca/catalogue/livres/stimuler-potentiel-apprentissage-des-enfants-adolescents-1204.html

[4]Le livre comporte un volet théorique et un volet pratique, notamment des activités d’apprentissage (85 p.) et du matériel pédagogique reproductible (100 p.).

La diversité ethnoculturelle en éducation

lundi 15 novembre 2010

Pierre Toussaint, professeur au Département d’éducation et pédagogie à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal, nous parle de son ouvrage La diversité ethnoculturelle en éducation, paru au printemps 2010.